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par René-Louis Parfait Etilé © africamaat.com
Son dernier article: Une statue du pharaon Thoutmosis (...)
André Aliker
La Lutte contre le Démon Blanc
ALIKER André : Journaliste et militant communiste martiniquais (1900-1934).
Gérant du journal Justice, dont la mort par noyade, le 12 janvier 1934, a donné à ce qu’on a appelé « l’affaire Aliker » une dimension historique exceptionnelle, faisant de la victime un des symboles de la lutte du prolétariat martiniquais contre l’oligarchie békée .
D’abord commis dans une maison commerciale puis installé à son compte comme commerçant de gros et demi-gros au bord-de-mer à Fort-de-France, André Aliker, fort connu par sa profession même dans les milieux populaires, avait milité très tôt dans le groupe communiste Jean-Jaurès. A la fois gérant, rédacteur, correcteur et même vendeur du journal Justice, il s’empara dès le 11 juillet 1933 de l’affaire Aubéry et se mit à publier des pièces du dossier prouvant apparemment la culpabilité du propriétaire du Lareinty. Immédiatement, le journaliste fut l’objet de diverses pressions (fermeture de l’imprimerie de son journal, ennuis bancaires, procès pour injures à propos de ce que l’on appela « l’incident du cirque » - à savoir une banale altercation-, tentative de corruption où serait intervenu le gendre d’Aubéry , Lavigne de Sainte-Suzanne, menaces à peine voilées, etc.

Le 1er janvier 1934, Aliker était enlevé, bâillonné et jeté à la mer par des inconnus. Rescapé, il porte plainte et demande l’autorisation de porter une arme, ce qui lui est refusé. Il est alors persuadé, comme il l’écrit à son frère, à Paris, qu’Aubery a mis sa tête à prix. Le 12 janvier 1934, on retrouve son corps ligoté, rejeté par la mer, sur la plage de Fond-Bourlet, sur la commune de Schoelcher.
Pour les uns, notamment les anti-communistes, André Aliker se serait suicidé et les communistes en profiteraient pour jeter l’opprobe sur un honorable industriel. Pour les autres il a été de toute évidence éliminé. La thèse du crime fut très vite retenue par le rapport d’autopsie , et ultérieurement par le jugement de Bordeaux qui, tout en acquittant les inculpés sainte-luciens Moffat et Mellon, reconnut qu’il y avait eu un crime avec préméditation (la victime avait les bras liés dans le dos).
Restait la question du commanditaire (si commanditaire il y avait, le crime après tout pouvant avoir d’autres origines…). Les avis sont partagés, certains désignant Aubéry, d’autres plutôt Lavigne de Sainte-Suzanne. Quoiqu’il en soit, aucun des deux ne fut ni interrogé ni inquiété, les seuls prévenus étant les deux Sainte-luciens. Et l’on peut légitimement s’étonner que la justice ait ainsi limité ses investigations…
Le scandale à la Martinique fut énorme et ses échos dans la presse de gauche en France et à l’étranger tout aussi importants . C’est que l’affaire mettait effectivement en cause la « justice coloniale », laissant soupçonner son absence d’indépendance et peut-être sa corruption.
Elle fournissait aussi l’occasion de dénoncer la toute puissance de l’oligarchie békée
soutenue par des politiciens de couleur, face à un prolétariat agricole qui ne protégeant pas vraiment les lois de la République . Fort utile au parti communiste naissant (peu de temps après allaient fusionner les groupes Jean-Jaurès et Front commun) cette tragédie a d’ailleurs mis en évidence l’importance du débat politique aux Antilles à l’époque et le rôle majeur qu’y a joué la presse.
L’affaire Aliker devait avoir un prolongement . Indigné comme beaucoup pour l’insignifiance du procès de Bordeaux, par le fait que l’enquête ait été volontairement limitée aux simples exécutants d’une basse besogne, le frère d’André Aliker, Marcel, tenta d’exécuter Eugène Aubery lors des obsèques du maire du Lamentin, le 31 janvier 1936. Sa tentative avorta, son arme s’étant enrayée. Un procès Aubéry-Aliker eut donc lieu à Fort-de-France. Il mobilisa une foule considérable venue soutenir le vengeur d’André Aliker. Son acquittement évita sans doute des troubles dont les conséquences auraient pu être très graves, tant la plupart des Martiniquais lui étaient favorables et suspectaient la « Justice » de partialité.
Source :Dictionnaire encyclopédique des Antilles et de la Guyane (Desormeaux).
LE FILM

12 janvier 1934 : le corps d’André Aliker est retrouvé sur une plage de Case-Pilote. L’homme a les pieds et les poings liés.
L’affaire Aliker, du nom du journaliste et rédacteur en chef de “Justice” (journal communiste) dont l’assassinat a défrayé la chronique, reste à ce jour non élucidée. Il ne fait cependant aucun doute qu’il a payé de sa vie les enquêtes dérangeantes qu’il faisait pour son journal sur une puissante famille de l’époque.
André Aliker enquêtait en effet sur le scandale Aubéry (du nom d’une famille de békés - blancs créoles descendants des premiers colons / Négriers - ).
Il avait révélé que cette famille de grands planteurs (propriétaires de l’usine du Lareinty) était impliquée dans une sombre affaire de fraude fiscale. Avant d’être retrouvé sur la plage de Fonds Bourlet, il avait déjà été victime de deux tentatives de meurtre restées impunies grâce notamment à la complicité du parquet général de Fort-de-France. Ses assassins présumés (deux Saintes-Luciens) furent acquittés le 22 Janvier 1936 par la cour d’assises de Gironde. Il semble cependant que le véritable assassin ait quitté l’île le lendemain du meurtre.
A noter que le rôle titre est tenu par Gilles Duarte alias Stomy Bugsy.
Deux mots du contexte politique de l’époque, important pour éclairer les tenants et les aboutissants de cette affaire : en 1934, la Martinique est encore une colonie française. En simplifiant, sur le plan social, les forces en présence opposent l’aristocratie terrienne des blancs créoles, maîtresse des domaines agricoles donc détenant le pouvoir économique (l’économie coloniale se résumant pratiquement au sucre et au rhum) et politique de l’île (et sur laquelle s’appuie la France hexagonale) à la bourgeoisie métisse et noire des professions libérales, des fonctions publiques, de la petite et moyenne propriété, du petit commerce ainsi que la partie “consciente” du prolétariat. En toile de fond ; la lutte contre les inégalités qui persistent malgré l’abolition de l’esclavage et les changements apportés par la IIIème République (suffrage universel et scolarisation des enfants en tête).

Aucune.
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