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par Sylvia M’Bocké ©
Son dernier article: Histoire de l’Esclavage : (...)
Regards sur l’esclavage dans les colonies françaises...
Interview de Lémy Lémane Coco, à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage.
Sylvia M’Bocké : C’est avec un grand plaisir que je m’entretiens avec vous Mr Lémy Lémane Coco, à l’occasion de la sortie de votre ouvrage, Regards sur l’esclavage dans les colonies françaises aux éditions Menaibuc.
A découvrir en clickant ici :
Alors tout d’abord, afin que nous puissions apprécier votre parcours, dites-nous tout. D’où êtes-vous originaire, combien d’ouvrages avez-vous écrit et comment êtes-vous tombé dans la marmite de l’histoire panafricaine, si on peut s’exprimer ainsi ?

- LEMY LEMANE COCO
Lemy Lemane CocoJe suis originaire de la Guadeloupe de Morne-à-l’Eau précisément, j’ai publié 5 ouvrages dont 3 recueils de poésie, 1 roman et l’essai qui nous intéresse. A vrai dire je ne suis pas tombé dans la marmite de l’histoire panafricaine comme vous dites car je suis né dans le chaudron de l’histoire panafricaine. Ce qui fait de moi un africain pur souche par mes ancêtres, mais seulement né aux Antilles par cette ignoble histoire qu’est l’esclavage.
SM : Et comment vous est venue cette envie d’écrire sur la problématique de l’esclavage ?
L. L. C. :Tout simplement parce que c’est l’histoire de mon peuple, « je veux parler du peuple antillais » et c’est la seule histoire que nous avons. Sa compréhension me paraît essentielle au regard de celle que l’on a voulu nous enseigner. Exemple : « Nos ancêtres les Gaulois » Donc j’ai voulu comprendre et faire comprendre cette histoire.
SM : Pensez-vous qu’en 2006, la jeune génération connaît l’histoire de l’esclavage, à savoir ses motivations, ses crimes, ses conséquences ? En parlant de jeune génération, je veux parler des jeunes générations panafricaine et européenne.
L. L. C. : Non, je ne pense pas que les bribes d’informations que l’on distribue dans des formes variées et contestées aux jeunes générations leur permettent de comprendre les méandres de cette histoire. Seule une approche pédagogique leur permettra d’avoir une réelle compréhension de la globalité de l’histoire. L’information est tronquée par les média et des pseudos historiens qui, par leurs écrits ou leurs discours soulèvent des polémiques. Et quand il y a polémique on oubli l’essentiel : L’INFORMATION... informer c’est apprendre à l’autre.
SM : On voit qu’en 2005, les média, sous la poussée d’un Dieudonné prêt à en découdre sur le problème noir, n’ont pas hésité à parler de l’esclavage et de la colonisation. Mais que pensez-vous de l’angle choisi par ces mêmes média car la communauté noire s’est sentie particulièrement visée ?
L. L. C. :C’est absolument ce que je viens de dire. Les média choisissent bien trop souvent l’angle de la polémique. Et cela m’irrite considérablement de savoir que le problème des noirs qui est intimement lié à l’esclavage et à la colonisation suscite encore des polémiques. Va-t-on accepter enfin l’esclavage et la colonisation comme le vécu de tout un peuple. Faudrait-il le « re-esclavagiser » et le « recoloniser » pour qu’ils aient le droit de se manifester ? De réclamer écoute à leurs problèmes ? De simplement dire ce qu’ils vivent ici et maintenant ? Ou faudrait-t-il recréer une Société des amis des noirs qui parlera en leur nom et manifestera pour leur cause ?
Il y a de quoi se sentir visé quand votre histoire se mêle à de basses considérations d’expressions. Dieudonné s’est exprimé sur que qu’il avait à dire au moment où il avait envie de le dire. Et en aucun cas ses propos ne devaient être pris en otage pour fustiger mon peuple.

- LEMY LEMANE COCO AU SALON DU LIVRE
SM : Pour-vous l’œuvre d’Olivier Pétré Grenouilleau, qui met en avant 3 traites dans une vision historique globale, est à recommander à la jeunesse panafricaine ?
L. L. C. :Il ne s’agit même pas de savoir s’il faut recommander ou non cette œuvre, il s’agit de savoir est-ce que l’on a le droit d’être révisionniste en France ? Mettre en avant ces 3 traites relève de la démagogie historique. Et cette démagogie permet de confondre ces 3 histoires pour justifier le non-crime, voir le non-génocide de cette pratique. J’appelle cela du révisionnisme.
SM : Et qu’avez-vous pensé du débat sur la colonisation sans oublier la prise de position d’Aimée Césaire ?
L. L. C. :Je crois que dans notre pays, il y a des gens qui se réveillent un matin en se demandant : comment mettre la République en émoi ? Alors ils inventent une loi, un décret, une connerie et ça marche. En tous cas c’est encore un faux débat. Le seul bienfait qu’aurait eue la colonisation, serait de nous apprendre notre propre histoire et non celle des Gaulois.
Même l’apport interculturel n’est pas l’œuvre de la colonisation. Les hommes se mélangeaient depuis bien plus longtemps que cela. Les positions d’Aimée Césaire sont celles d’un universitaire qui devrait être à l’Académie française.
SM : Venons-en à votre ouvrage, Regards sur l’esclavage dans les colonies françaises. Franchement, je trouve cette approche chronologique des faits, très pragmatique et didactique. Comment s’est-elle imposée dans votre travail ? Vous aviez probablement d’autres choix ?
L. L. C. :Non ! mon seul objectif était celui de la compréhension pédagogique. Comment expliquer à un enfant que l’esclavage a existé pendant plus de quatre siècles sans lui donner des éléments chronologiques ? C’est la réponse que j’ai apporté à mon jeune fils qui m’a posé la question alors qu’il avait 11 ans.
Ce livre s’adresse aussi à des professeurs qui souhaitent travailler à partir d’une base chronologique simple, claire et cohérente pour aborder le sujet et laisser à leurs élèves la possibilité de développer un sens critique. Ce travail de recherche amène bien-entendu à plusieurs choix, mais il faut savoir manier l’histoire avec respect pour ne pas tomber dans l’aversion et le tout venant. Ce serait faire un amalgame. La pédagogie c’est apprendre à apprendre...

SM : Vous insistez sur les mécanismes de l’esclavage. Dans quel but ?
L. L. C. :Prendre conscience des mécanismes qui ont conduit à quatre siècles et demi d’asservissement amène à réfléchir sur les valeurs de notre société. De l’esclavage, on en arrive au comportement social et au respect de l’autre. Pour comprendre l’esclavage, il faut d’abord connaître les mécanismes. Car tout mécanisme qui tend vers une privation de liberté amène fatalement à de longs drames que nous pouvons et devons annihiler immédiatement. Il est regrettable qu’au 21e siècle nous ne soyons pas capables d’avoir suffisamment de recul et de vigilance pour que les terribles évènements de l’histoire nous servent de remparts contre des crimes en tout genre.
SM : Certains historiens français disent que les mouvements d’abolitions ont commencé en Europe. Mais les résistances, les révoltes, le marronnage, n’étaient-ce pas déjà des formes de résistance attestant d’un mouvement noir pour l’abolition ? Qu’en pensez-vous Mr Lemane Coco ?
L. L. C. :Savez-vous que certains historiens ne relatent pas l’histoire comme cela devrait être le cas ? Mais, tentent de refaire l’histoire avec leurs idées réductrices ! Qu’ont-ils pensé : que les Africains ne connaissaient pas la révolte, la résistance et l’honneur ? Les mouvements abolitionnistes ont débuté sur le sol africain dès les premières captures.
Par tous les moyens de révoltes et de résistances sous des formes variées et multiples, ils ont tenté de faire abolir les razzias, abolir les transferts, abolir les enfermements des captifs dans des forts, abolir les départs de tous ces navires qui vidaient leur continent. Certains Etats sont entrés en guerre ouverte avec les négriers pour faire abolir ces pratiques. Comment appelle-t-on cela ? Des mouvements d’abolitions !... Bien-entendu ils n’ont pas cessé leurs luttes après leur arrivée dans les colonies.
C’est d’ailleurs ces mouvements d’abolitions qui ont obligé Colbert à demander la rédaction d’une loi qui est devenu le Code Noir. Ce n’était pas parce que des intellectuels manifestaient à Paris ou ailleurs leur réprobation à cette pratique qu’est né ce Code Noir. C’est la lutte permanente des esclaves qui a généré l’abolition.

SM : Peut-on parler de piège tendu à l’Afrique par les puissances négrières européennes pour imposer le trafic ?
L. L. C. :La traite négrière a été par sa durée la conséquence d’un gigantesque piège tendu presque simultanément par des puissances européennes en Afrique. Savez-vous qu’au XVe siècle, l’Afrique connaissait un développement économique et politique considérable ? Ce n’était pas un continent sauvage, sans règles, sans commandement comme on a voulu nous faire croire.
Il fallait ruser, piéger, assassiner, corrompre pour arriver à ce résultat. Et ce piège s’est avéré fructueux pour les Européens. Rendez-vous compte quatre siècles et demi de main-d’œuvre gratuite c’est tout bénéfice, non ?!.
SM : Quel est votre message aux jeunes générations kamites panafricaines ?
L. L. C. :Si j’avais un message à leur communiquer, ce serait : Apprenez quoi qu’il en soit l’histoire de votre peuple et acceptez-la avec humilité et fierté car ils ont combattu pour leur liberté avec courage dans l’asservissement.
Leurs fils, nos grands-pères et pères ont combattu pour la liberté des mêmes pays européens qui ont avili leurs pères et mères, alors soyez digne de leur abnégation.
SM : Merci beaucoup, Mr Lemane Coco pour cet entretien. Pensez à me communiquer vos prochains événements afin qui nous informions nos internautes. Je sais que vous avez aussi un site web, quelle est son adresse ?
L. L. C. :J’ai été présent au salon du livre de Paris sur le stand des Editions Menaibuc. J’anime quelques conférences en Alsace et je serai à Cuba au mois de mai, en Guadeloupe au mois de juin et juillet.
A vrai dire, toutes ses informations seront communiquées précisément sur mon site.
SM : Quel est-il ?
L.L.C. : Je vous invite à le découvrir en clickant ici :
SM : Merci et à très bientôt...
L.L.C. : Je vous remercie.
Aucune.
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