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Colloque International Kamit Menaibuc 2010

par Jean-Philippe Omotunde © africamaat.com

 Publié le 8 mai 2007

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Nicolas sarkozy demeure une énigme pour les afro-francais

Analyse de propos graves tenus dans certains discours officiels.

Nicolas sarkozy demeure une énigme pour les afro-francais

1- Propos tenus par Nicolas Sarkozy en direction des afro-français

Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy, candidat UMP à l’élection présidentielle ayant remporté le suffrage des français à 53%, a tenu à remercier ses électeurs dans une allocution télévisée très regardée.

Néanmoins pour les afro-français (Antilles, Afrique) que nous sommes, l’euphorie de la victoire ou la surprise de la défaite voire l’indifférence face à ce scrutin national, ne doit pas oxyder notre lucidité collective et ouvrir de nouvelles brèches aux divisions internes stériles et peu productives.

Même si le site RFO.fr semble « étonnement » l’avoir oublié, dans sa première allocution le futur homme d’Etat qu’est Monsieur Sarkozy, a dit des choses vraiment très graves. «  Je vais  » dit-il, «  en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres  ».

Cette déclaration détonante visant la Loi Taubira, n’est qu’une version « light » de propos encore plus graves tenus dans des discours précédents que nous souhaitons porter à votre attention pour nourrir votre réflexion.

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NICOLAS SARKOZY

Ainsi, dans une réunion publique tenue à Agen le 22 juin 2006, le candidat de l’UMP avait déjà déclaré : « Ceux qui au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contracté à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglé, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et le travail ».

Propos qui furent précisés dans sa déclaration publique du 7 février 2007 à Toulon : « Je veux le dire à tous les adeptes de la repentance qui refont l’histoire et qui jugent les gens d’hier sans se soucier des conditions dans lesquelles ils vivaient, ni de ce qu’ils éprouvaient (...) De quel droit demandez vous aux fils de se repentir des fautes de leurs pères, que souvent leurs pères n’ont commises que dans votre imagination ».

Ainsi, les siècles de razzias négrières et d’esclavage ne seraient que le fruit de notre imagination collective délirante et la colonisation de l’Afrique par la France, l’implantation de simples camps de vacances, dits « colonies de vacances » sous les tropiques. Etonnant raccourcis de l’histoire de France, non ?

2- Généalogie des événements récents

En 2001, Mme Christiane Taubira alors députée de Guyane, parvient à convaincre l’Assemblée Nationale de voter une loi reconnaissant officiellement la traite et l’esclavage des Noirs comme un Crime contre l’humanité.

A l’époque, cette décision officielle est à peine relayée par les média nationaux et les dispositions légales prévues par la loi traînent à être suivies d’effets. La conférence internationale « Contre le racisme » à Durban (Afrique du sud) organisée la même année par l’ONU, va relancer le débat en lui donnant une envergure internationale sous la pression de diverses ONG et associations représentant les nombreux peuples du sud, victimes du racisme et de la discrimination sociale dans les pays du nord depuis le XVème siècle.

Les média tentent alors d’étouffer les ardeurs de ceux qui voudraient voir évoluer les mentalités dans le bon sens en n’offrant par exemple aux descendants des victimes aucune plateforme d’expression. Fin 2004, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau publie son ouvrage « Les traites négrières, essai d’histoire globale » aux éditions Gallimard. Loin d’apaiser les tensions, cet ouvrage aux saveurs eurocentristes, va entraîner l’auteur dans une course médiatique effrénée, destinée à créer une confusion entre les aspirations légitimes des descendants des victimes des razzias négrières et de l’esclavage, le besoin d’information du public français et les intérêts d’un lobby que visiblement, il défend.

Plutôt que de percevoir la démarche visant à examiner les modalités nationales réservées au traitement de la mémoire de la Shoah par les nouveaux venus dans le « cercle » restreint des victimes officielles d’un « Crime contre l’humanité » comme une première phase normale d’appréciation, c’est une polémique malsaine sur la « concurrence des mémoires » qui a été échafaudée de toute pièce par certains leaders d’opinion. Plutôt que de retenir l’axe dynamique des « compensations » souhaitées par les descendants des victimes, c’est l’axe fallacieux de la « culpabilisation » et de la « repentance » des français qui cannibalise le discours médiatique. Mais dans le fond, il s‘agit de cacher quoi ? A qui ? Et dans quel but ?

Pris en otage sur une question aussi sensible, l’avis de l’opinion publique subit inexorablement les affres d’un discours historiographique à sens unique, qui n’est dans le fond que la version recyclée du catalogue des justifications fallacieuses des négriers européens d’autrefois. D’ailleurs emporté par sa vague médiatique, Olivier Pétré-Grenouilleau se retrouva en bout de course sur l’échafaud du discrédit pour avoir pilonné la loi Taubira, qu’il conteste ouvertement puis qu’il amalgame de son propre chef à un génocide, sans que le texte de loi définissant le crime contre l’humanité y fasse référence : « C’est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l’humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides... Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Il n’y a pas d’échelle de Richter des souffrances » [1].

Cette déclaration, extraite du Journal du Dimanche , lui a inévitablement valu une première action en justice, avortée certes, pour contestation de « Crime contre l’humanité » par le Collectif des Antillo-guyanais. Cependant une deuxième est cours, portée par le MNH (Mouvement pour une Nouvelle Humanité) et le COFFAD (Collectif des Fils et Filles Déportés d’Afrique) pour « Diffamation publique raciale et Apologie de crime contre l’humanité » . Avec un tel passif, qui pourrait encore douter du parti pris eurocentriste de l’auteur ? L’establishment, qui s’est empressé de lui décerner le 11 juin 2005, le « Prix du Sénat du Livre d’Histoire », a par ailleurs révélé un visage inédit.

En février 2005, le vote d’une loi émanant de députés de UMP louant « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » va soulever l’indignation générale en Algérie, en Afrique noire et aux Antilles. Cette loi qui a ulcéré Aimé Césaire et Abdelaziz Bouteflika, pousse des professeurs d’université à s’indigner publiquement de cette incursion du politique dans leur profession.

Pour finir, les critiques épicées de l’humoriste Dieudonné sur la gestion nationale du passé esclavagiste et colonial de la France, vont véritablement enflammer les médias qui dorénavant, ne pourront plus ignorer continuellement l’avis des descendants des victimes. S’ensuit alors une tentative de remise en question de toutes les lois relatives aux événements dramatiques de l’humanité qui va encore semer la confusion. D’autant plus que l’idée d’une « repentance » nationale, volontairement mal définie et péjorativement amenée, est régulièrement ressassée.

Cependant, un nouvel argument, l’anachronisme, va progressivement creuser son sillon eurocentriste en décrétant que l’on ne peut apprécier le passé avec les idées et les textes de loi d’aujourd’hui. C’est un peu vite oublier que la Déclaration des Droits de l’Homme date de 1789 et que l’abolition définitive de l’esclavage est intervenue 59 ans après, soit en 1848.

Fin 2005, à l’aube des commémorations du bicentenaire de la victoire de Napoléon à Austerlitz, Claude Ribbe surprend l’opinion publique en publiant aux éditions Privé « Les crimes des Napoléon », un ouvrage dénonçant les crimes horribles commis par l’empereur envers les Noirs, lors du rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises en 1802.

Une nouvelle fois, la machine médiatique s’embrase. On avança même l’argument fallacieux d’un antisémitisme sous-jacent, voire d’une pseudo-confrontation noirs/juifs pour prendre à parti l’opinion publique et ternir les revendications des Noirs qui souhaitent, non pas minimiser la portée de la Shoah, loin de là, mais simplement que l’on traite leur mémoire de façon digne et respectable et que des mesures concrètes soient prises pour que la lutte contre les conséquences contemporaines de ce « Crime » (racisme, discriminations, inégalités...) deviennent des priorités gouvernementales (Liberté, Egalité, Fraternité).

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Références bibliographiques:

[1] Cf. Journal du Dimanche du 12 juin 2005.

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